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Le label bruxellois Crammed Discs fête cette année ses trente ans d’existence
avec en fil rouge le projet “Tradi-Mods vs Rockers”, nouvel exemple de la mixité
musicale prônée par son fondateur Marc Hollander. Cet ennemi du surplace
et de la répétition revient sur une aventure unique en son genre.

Pour résumer l’esprit qui anime Crammed depuis trente ans, son
fondateur Marc Hollander raconte que les gens qui découvrent le
label belge aujourd’hui lui sortent souvent des phrases du genre :
« Quoi, c’est vous qui avez fait Carl Craig, Bebel Gilberto, Zap Mama et
Konono n°1 ? » Car depuis 1981, la maison bruxelloise fait preuve d’un éclectisme
remarquable, ce qui n’empêche pas des partis pris forts. Cette marque
de fabrique, « ce mode de vie », comme le dit Hollander, est dû à une
pathologie qui le touche depuis tout petit : la phobie de la répétition.
Elle a influencé tout son parcours, dés son premier disque en 1977 avec
Aksak Maboul, l’iconoclaste “Onze danses pour combattre la migraine”,
sur lequel aucun morceau ne ressemble à un autre. « Ce sont toutes
les facettes de mon univers, des musiques qui m’ont inspiré et
que j’ai fait s’entrechoquer. En foirant un petit peu, ça donnait
un résultat qui avait son charme. Et rétrospectivement, on se
rend compte que pas mal de directions qu’a suivies Crammed était déjà
en germe dans cet album. »
Comme il ne voulait pas faire deux fois la même chose, Marc Hollander
a vite décidé de changer régulièrement de musiciens, et Aksak Maboul
est alors devenu un groupe à géométrie variable. « On a commencé à
inviter de plus en plus d’artistes pour des séries de concerts et des enregistrements.
C’était devenu comme un catalyseur pour provoquer des
rencontres, et donc des accidents. Après, j’ai eu envie de faire ça au
niveau d’un label, et je suis devenu une sorte de chef d’orchestre. »

Au cours des trois décennies suivantes, Crammed a sorti près de 300 albums
par des artistes venus de toutes les régions du monde : l’Afrique – via la tête
chercheuse et fan de musiques congolaises Vincent Kenis, le compère de
Hollander au sein d’Aksak Maboul – avec Kasai All Stars, Konono n°1 ou
plus récemment Staff Benda Bilili ; le Brésil, avec Bebel Gilberto et Cibelle ;
l’Europe de l’Est avec Balkan Beat Box ; ou encore l’Amérique du Nord
avec Mocky ou Akron/Family. Le label s’est aventuré dans la new wave,
l’électro, le rock, et a accompagné l’avènement de la world music.
Le nouveau projet du label, “Tradi-Mods vs Rockers” (en tournée cette
année), peut être considéré comme un aboutissement de ce métissage. Il
marie les univers d’artistes africains et de musiciens européens et américains
du rock et de l’électro, soit la transversalité ultime, et une nouvelle
application du concept qui a servi de substrat à Crammed ces trente
dernières années : confronter (pacifiquement) des cultures a priori très
éloignées pour leur trouver un terrain s’entente.
Alors que le rôle des labels indépendants est en pleine redéfinition et que
leur survie financière n’est plus garantie par la qualité artistique (le label
français de reggae Makasound vient ainsi de mettre la clé sous la porte), la
non-spécialisation et le « transculturalisme » prônés par Marc Hollander
sont devenus des avantages : « Dans l’histoire de musiques électroniques,
les grands labels se sont fait connaître en labourant un même sillon. A l’inverse,
il n’est pas évident de définir le son de Crammed. Cette difficulté, qui
est assumée, nous a aidés à survivre économiquement, car nous ne
sommes pas dépendants d’une mode ou d’un style à un moment donné.
Mais ce n’est jamais gagné. » Rendez-vous dans trente ans ?

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